Nombre de grands cinéastes ont porté un regard personnel, poétique, crû ou politique sur la question du sexe : Pier Paolo Pasolini, Jean Eustache et des plus jeunes comme Sébastien Lifshitz, Alice Diop… L’ensemble de ces films constituera une programmation riche ouvrant les yeux sur ce territoire brûlant et complexe qui est souvent le fond d’écran du cinéma de fiction, mais que nous découvrirons tout aussi palpitant, au premier plan, dans le documentaire.
Bambi
De Sébastien Lifschitz (52’, 2014, Fr)
Dès sa plus tendre enfance à Alger, Marie-Pierre ne veut
s’habiller qu’en robe et refuse obstinément son prénom de naissance : Jean-Pierre. A 17 ans, sa vie bascule lorsqu’elle découvre la revue d’un cabaret de travestis en tournée : le Carrousel de
Paris. En quelques années, elle devient « Bambi », figure mythique des cabarets parisiens des années 50-60.
En recueillant le témoignage d’une des premières transsexuelles françaises, Sébastien Lifshitz poursuit le travail entamé avec « Les Invisibles » et trace le
destin d’une personnalité hors du commun.
Samedi 21 octobre à 21h00 Ellipse cinéma. En présence de Bambi
Belle de nuit- Griselidis Real
De Marie-Eve de Grave (74’, 2016, Belg.)
Entre la Suisse où s'achève un parcours de vie insolite, une maison de prostitution et la prison à Munich, la lutte militante à Paris ou la vie à Alexandrie, s'esquisse le portrait de Grisélidis Réal. S'affirmant au cours des années 1970 comme l'une des meneuses de la "Révolution des prostituées" pour défendre la prostitution comme choix, elle renchérit sur ce positionnement dans ses écrits : "La prostitution est un acte révolutionnaire ». Le film est bâti sur de très riches archives, un récit au souffle romanesque, porté par un montage remarquable et par la fureur de vivre d'une héroïne contemporaine.
Dimanche 22 octobre 18h00 Espace Diamant.
L’eau sacrée
De Olivier Jourdain (56’, 2016, Belg, vostf)
Guidé par Vestine, star extravagante des nuits radiophoniques, le film part à la découverte de la sexualité rwandaise, en quête de l'eau qui jaillit du corps des femmes dans le plaisir et nous dévoile avec humour et spontanéité le mystère de l'éjaculation féminine.
Dimanche 22 octobre à 14h00 Espace Diamant.
Etre cheval
De Jérôme-Clément Wilz (62’, 2015, Fr, vostf)
Karen, professeur retraité de 50 ans et père d’un enfant,
souhaite devenir cheval. Il est « pony-player » : comme des dizaines de milliers d'autres à travers le monde, il porte sabots, crinière et
queue, et se laisse dresser aux rennes ou en carriole.
À travers cette quête, il questionne l’humanité même, les différences de genre, il explore la vie, l’amour et la nature. Étre cheval est une invitation poétique où la vie et le rêve
fusionnent, les frontières se dissolvent et la beauté émerge.
Dimanche 22 octobre à 16h00 Espace Diamant.
Marion
De HPG (65’, 2017, Fr)
Rester ensemble ou se séparer ? Un couple, Marion et Gus, se lance dans l’une des plus dingues et fantasmatiques quêtes de soi pour trouver la réponse.
Le film est un nouveau chapitre du journal semi-autobiographique d’un acteur et réalisateur du cinéma pornographique qui se met ici en scène. Un regard sur soi plein d’humour et de mélancolie. Une vue de biais du monde du porno.
Jeudi 19 octobre à 23h00 Ellipse cinéma. En présence de HPG.
Polissons & galipettes
De Michel Reilhac (69’, 2001, Fr)
Une composition de films érotiques muets du début du XXe siècle. Ces derniers étaient programmés en séances à heures fixes dans les salons d'attente des bordels sophistiqués. « Les douze titres présentés témoignaient chacun d'un humour grivois très IIIe République, enrichi d'une forme de mise en boîte anodine mais réelle des institutions comme le travail salarié (L'atelier fait minette), le clergé (Abott Bitt au couvent), l'école (La Fessée à l'école). Les cartons séparant les différents titres se prêtent parfois à une ironie téléologique avouons-le un peu facile. » (Jean-François Rauger, in Le Monde)
Dimanche 22 octobre à 22h30 Ellipse cinéma. Interdit aux moins de 18 ans.
Vers la tendresse
D’Alice Diop (39’, 2015, Fr)
Ce film est une exploration intime du territoire masculin d’une cité de banlieue. En suivant l’errance d’une bande de jeunes hommes, nous arpentons un univers où les corps féminins ne sont plus que des silhouettes fantomatiques et virtuelles. Les déambulations des personnages nous mènent à l’intérieur de lieux quotidiens (salle de sport, hall d’immeuble, parking d’un centre commercial, appartement squatté) où nous traquerons la mise en scène de leur virilité ; tandis qu’en off des récits intimes dévoilent sans fard la part insoupçonnée de leurs histoires et de leurs personnalités.
Jeudi 19 octobre à 21h00 Ellipse cinéma.
n Les vies de Thérèse de Sébastien Lifschitz
n BBambi de Sébastien Lifschitz
n EExhibition de Jean-François Davy
n BBelle de nuit- Gryselidis Real de Marie-Eve de Grave
n PPolissons et galipettes de Michel Reilhac
n LLeçons de ténèbres de Vincent Dieutre
n LL'eau sacrée de Olivier Jourdain
n EEtre cheval de Jérôme-Clément Wilz
n CCeci est une pipe de Pierre Trividic et Patrick-Mario Bernard
n DD’amore si vive de Silvano Agostini
n CComizi d’amore de Pier Paolo Pasolini
n UUne sale histoire de Jean Eustache
n VVers la tendresse de Alice Diop
n Marion de HPG
Ceci est une pipe
De Pierre Trividic, Patrick Mario Bernard, Xavier Brillat (56’, 2001, fr)
Une silhouette apparaît. Celle d'un homme - c'est Pierre T., mais nous ne le savons pas encore. Il est en train de glisser les pans de sa chemise dans son jean. Une main se tend et l'attrape par l'entrejambes - c'est Patrick B., mais nous ne le savons pas encore. La main ouvre la braguette de Pierre T., fouille dans son caleçon, le baisse, saisit sa queue. Un visage s'avance. C'est Patrick B. Il taille une pipe à Pierre T. L'action proprement dite commence le jour où, en flânant dans une librairie, Patrick B. découvre un recueil de photographies, «Black Beauty»…
Dimanche 22 octobre à 20h30 Ellipse cinéma.
Comizi d’amore
De Pier Paolo Pasolini (89’, 1964, ital., vostf)
D'où viennent les enfants ? De la cigogne, d'une fleur du bon dieu, de l'oncle de Calabre… Mais regardez plutôt le visage de ces gamins : ils ne font rien pour donner l'impression qu'ils croient ce qu'ils disent. Pasolini se définit dans ce film comme un "commis-voyageur" qui parcourt l'Italie, du Sud au Nord, pour sonder les idées et les mots des Italiens sur la sexualité et démonter la culture "petite-bourgeoise" des années soixante.
Samedi 21 octobre à 18h30 Espace Diamant. Présenté par Federico Rossin.
D’amore si vive
De Silvano Agosti (93’, 1984, ital, vostf)
L'amour, la tendresse et la sexualité. Durant trois années, Silvano Agosti a rencontré et interrogé la population de Parme sur ces trois éléments constitutifs du sentiment amoureux. Il en a extrait sept portraits poignants, nous permettant d'approcher cette exigence qui porte chaque être humain à aimer malgré tout. Cette recherche au plus vif de multiples vérités sur la nature humaine se transforme pour nous, spectateurs conviés au partage, en une bouleversante expérience.
Samedi 21 octobre à 13h30 Espace Diamant.
Exhibition
De Jean-François Davy (92’, 1975, Fr)
Dans les années 70, en pleine libération sexuelle, Jean-François Davy filme les coulisses du tournage de Change pas de main, film de Paul Vecchiali. La rencontre avec la comédienne Claudine Beccarie transforme le projet en un long métrage non prémédité : Exhibition. L'actrice se dévoile en passant par d'autres scènes de sa vie, dans une ferme ou dans une boîte à strip-tease à Pigalle. L'humour et la tendresse parcourent ce portrait d'une star du porno... En 75, le film sera sélectionné à Cannes, classé Art et Essai, il connaîtra un vif succès auprès du public, avec plus de 3 millions d’entrées.
Vendredi 20 octobre à 21h00 Ellipse cinéma.
Leçons de ténèbres
De Vincent Dieutre (90’, 1996, Fr)
Utrecht, Naples, Rome... trois villes et deux histoires
d’amour guident l'itinéraire nocturne d’un homosexuel à la recherche de la beauté perdue.
Entre journal intime et drame baroque, Leçons de ténèbres reconstitue par fragments un voyage fatal, placé sous le signe du Caravage. Peinture, sensualité, dérive urbaine,
les Leçons de ténèbres forment le collage incandescent d'une "vanité" trash. Une ténébreuse fresque que le réalisateur définit comme "un
film d'amour... d'amour de l'Art..."
Dimanche 22 octobre à 10h30 Espace Diamant. En présence du réalisateur.
Une sale histoire
De Jean Eustache (49’, 1977, fr)
Le film part d'un fait réel : Jean-Noël Picq, ami du cinéaste, remarque un trou au bas de la porte des toilettes d'un rade parisien de la Motte-Picquet Grenelle. Ce trou le travaille, il en fait part à ses amis, qu'il ennuie. Il transforme alors cette méditation philosophique sur le néant en une histoire salace d'hommes observant les sexes féminins de passage, et gagne du coup un franc succès de scandale dans les soirées. Eustache finit par s'emparer de ce récit voyeuriste. Mais il couple, sans rien en dire aux protagonistes, une version documentaire (Picq racontant l'histoire devant un auditoire de quatre femmes) à une version fictionnelle (même texte dit par Michael Lonsdale devant des figurants). Cette manipulation, Jean-Noël Picq en conserve un souvenir mitigé : "D'un côté, il a eu le génie de rendre séduisante cette histoire ignoble, notamment auprès des femmes ; de l'autre, par rapport à l'art de Lonsdale, je passe quand même pour le psychopathe de service." Reste que cette sale histoire dit la manière dont le cinéma, selon la formule de celui qui ne lui retira jamais son amitié, "rendait dans sa transposition la vie supportable à Eustache". (Jacques Mandelbaum, in Le Monde)
Samedi 21 octobre à 16h00 Espace Diamant. Suivi d’un débat animé par Annie Smadja, psychiatre et psychanalyste.
Les vies de Thérèse
De Sébastien Lifschitz (55’, 2016, fr)
Thérèse Clerc fut l’une des belles figures du féminisme militant. Du combat pour l’avortement à l’égalité des droits entre les hommes et les femmes en passant par les luttes homosexuelles, elle a été de toutes les batailles. En apprenant qu’elle est atteinte d’une maladie incurable, elle décide de jeter un dernier regard tendre et lucide sur ce que fut sa vie, ses combats et ses amours. Sous l’œil affectueux de la caméra du réalisateur Sébastien Lifschitz.
Jeudi 19 octobre à 21h00 Ellipse cinéma.
LE 18ème CORSICA.DOC: UNE EDITION MAJEURE
Le cinéma est un art jeune, et c’est un regard neuf qu’il porte sur les animaux. Non pas celui qui fut celui de la peinture, empreint de religion, de mysticisme ou de mythologie. Non, c’est un regard profondément troublé que porte les cinéastes sur les « non-humains », prolongeant en cela les interrogations des jeunes philosophes d’aujourd’hui. C’est, modestement, que nous esquisserons cette histoire d’un rapport Homme/Animal par les films choisis ici, en écho aux tableaux du Palais Fesch d’Ajaccio.
Les films de la compétition, eux, ne témoigneront pas moins des graves questions qui traversent notre temps. La guerre, la famille, la vieillesse… les jeunes cinéastes font feu de tout bois pour réaliser de puissants gestes cinématographiques.
Une arche de Noé cinématographique
par Federico Rossin
« Si aujourd’hui nous n’observons plus les animaux, eux n’ont pas cessé de le faire. Ils nous regardent car nous avons, depuis la nuit des temps, vécu en leur compagnie. Ils ont nourri nos rêves, habité nos légendes et donné un sens à nos origines. Ils portent à la fois notre différence et la trace de ce que nous croyons avoir perdu. »
John Berger, Pourquoi regarder les animaux ?
Cette programmation est une traversée à la fois ludique, pensive et visionnaire autour de l'univers des animaux, elle interroge et réactive la relation entre l’homme et l’animal, le lien qui au fil de l’histoire se voit transformé par les nouveaux rapports de production du XX e siècle, réduisant l’animal à l’état de bête avant d’en faire un simple produit de consommation. Mais une nouvelle conscience de la relation entre nous et les animaux commence à émerger depuis quelques années. Et comme toujours le cinéma est un merveilleux miroir pour comprendre notre société par le prisme de son imaginaire et de son esthétique.
Le parcours des séances est une surprenante Arche de Noé cinématographique dans laquelle le public ajaccien pourra faire à la fois une expérience de découverte et de partage. Si Werner Herzog interroge radicalement notre anthropomorphisme dans son Grizzly Man (2005), Frederick Wiseman avec son Zoo (1993) nous plonge dans un microcosme animal reconstruit artificiellement, en miroir ironique et impitoyable de notre société. Barbet Schroeder, dans son Koko, le gorille qui parle (1978), dresse un portrait drôle et terrible de notre fantasme d'omnipotence scientifique et éthique sur le monde animal. Roberto Rossellini a réalisé India (1959) de manière expérimentale : le résultat est une éblouissante tentative de décrire la relation durable et fructueuse entre les hommes et les animaux (éléphants, tigres, singes), à travers une structure à épisodes imprégnée d'une profonde empathie: un film qui nous réconcilie avec la Terre Mère (Matri Bhumi) et nous met au même niveau que tous les êtres vivants.
La distance qui nous sépare des animaux
par Olivia Cooper-Hadjian
Les cinéastes ici cités prennent le parti d’adopter vis-à-vis de l’humain une distance à la mesure de celle qui nous sépare des autres animaux. Les bêtes y conservent tout leur mystère, et nous regagnons une partie du nôtre. Car n’est-il pas étrange d’envoyer des chiens dans l’espace ou d’imbriquer de minuscules insectes dans de grandes machines de pointe pour tenter de percer le secret de leur cognition, et peut-être de leur conscience ?
Si l’exploitation n’est pas absente de ces démarches, ces cinéastes la déjouent par leur geste et rétablissent un lien avec l’animal en se mettant physiquement à sa place : Elsa Kremser et Levin Peter suivent le parcours d’une meute de chiens errants, adoptant leur cadence, dans Space Dogs ; Maud Faivre et Marceau Boré montrent la solitude des insectes scrutés dans Modèle animal. Certains rapports sont plus ambigus, comme le montre Homing, où le dérèglement de l’environnement éveille un effort de réparation par des actes de soin.
Le respect qu’imposent les bêtes se mâtine d’envie, jusqu’à l’absurde : on s’imagine échapper à notre propre condition, en tentant d’imiter leurs talents musicaux dans Langue des oiseaux d’Érik Bullot, ou en s’identifiant à leur pouvoir de séduction dans Los que desean d’Elena López Riera.