Cette rétrospective a pour ambition de donner un aperçu le plus large possible du cinéma du réel italien. On y retrouve les maîtres du cinéma italien (Rossellini, Fellini, Pasolini, Moretti), des documentaristes remarquables (De Seta, Mangini, Piavoli, Gianikian/Ricci Lucchi), des figures-clés de ces dernières années (Rosi, Marazzi) et des jeunes talents (Francioni et Cheng, Picarella). L’Italie vue par…
L’Aggettivo donna
Collettivo Femminista di Cinema di Roma (55’, 1971, Ital, vostf)
L’Aggetivo donna est le premier documentaire féministe italien. C’est un essai qui analyse le rôle de la femme dans la société moderne : la double exploitation des travailleuses, l’isolement des femmes au foyer et la tristesse des mères. C’est un cri contre le machisme et le phallocentrisme, un appel pour la libération des femmes des prisons réelles ou mentales.
Mercredi 18 octobre à 16h00 Espace Diamant.
Boatman
De Gianfranco Rosi (1993, 53’, Ital., vostf)
Vision impressionniste de Bénarès, la ville sainte du Gange, construite autour du personnage central d’un batelier. Indiens et Occidentaux sont unis dans la même fascination pour le fleuve qui charrie la vie et la mort. « Le film prend la forme d’un voyage sans destination, ce qui, depuis l’intérieur de la barque, crée l’illusion d’un monde qui défile. Différents personnages, différentes images apparaissent sur l’écran puis disparaissent, et Gopal, le passeur, est constamment le seul point de référence. » - Gianfranco Rosi.
Jeudi 19 octobre à 16h00 Espace Diamant.
Essere donne
De Cecilia Mangini (1965, 28’, Ital., vostf)
En 1964, la cinéaste effectue un voyage en Italie, dans les usines du Nord, où les femmes jonglent et s’épuisent entre le travail à la chaîne et une vie familiale devenue ingérable, et dans les régions agricoles du Sud. Le documentaire obtient le prix spécial du jury au festival de Leipzig, remarqué notamment par Joris Ivens. En Italie, le film n’obtient pas le visa de qualité, ce qui est une manière détournée de le censurer : mais la presse engage une bataille, au terme de laquelle le film est finalement interdit aux moins de 18 ans.
Mercredi 18 octobre à 16h00 Espace Diamant.
Il Mondo perduto
Vittorio de Seta (1954-1959, 120’, Ital. vostf)
Le Monde perdu regroupe dix courts métrages tournés dans le Sud de l’Italie entre 1954 et 1959. Chaque film est consacré à une activité humaine et adopte le rythme de la journée de travail selon la volonté de De Seta de « condenser un monde en dix minutes ». En utilisant des techniques du cinéma de fiction, le réalisateur dépasse la seule observation du monde pour en proposer une recomposition à l’écran par le montage et par un incroyable sens du cadre. Ces films nous donnent accès à un monde dont il ne reste guère que quelques traces aujourd’hui.
Vendredi 20 octobre à 13h00 Espace Diamant.
Il pianeta azzurro
Franco Piavoli (1982, 88’, Ital. Vostf)
Une année de vie sur la planète Terre: les quatre saisons se passent le relais, mais grâce au montage des images et des sons, le temps du film est aussi celui d’une seule journée. Un poème visuel novateur qui propose une expérience du regard inédite sur la Nature, le Temps et l’Homme. Un chef-d’œuvre à redécouvrir, une symphonie cinématographique qui invite le spectateur à une approche sensorielle du cinéma.
Jeudi 19 octobre à 13h30 Espace Diamant.
Tomba del tuffatore
Federico Francioni, Yang Heng (2015, 30’, Ital. Vostf)
Partant d’une œuvre de l’art grec, le film déroule les fils d’une réflexion autour des paysages de la côte amalfitaine qui sont chaque année le lieu de convergence de milliers de touristes venus les contempler. Ce sont des fils ténus, sensibles qui nous guident : une association suggestive d’images, de sensations et d’idées produites par les lieux mêmes, leur contemplation, leur architecture et leur histoire.
Vendredi 20 octobre à 18h00 Espace Diamant.
Un'ora sola ti vorrei
Alina Marazzi (2002, 55’, Ital., vostf)
« Ce film est là pour ça : reconstruire le visage de ma maman, à travers le montage des films réalisés par mon grand-père. Une façon de la faire revivre. De la célébrer, aussi. En me souvenant d'elle.
Il y a quelques années, j’ai découvert de vieux films que mon grand-père avait tournés tout au long de sa vie. J’ai commencé à les regarder avec curiosité et une grande émotion, tout particulièrement ceux marqués d’un L, l’initiale du prénom de ma mère, Liseli. Comme par magie, ces images ont redonné vie à une personne mystérieuse que je connaissais peu : ma mère, morte quand j’avais sept ans. » - Alina Marazzi.
Jeudi 19 octobre à 19h00 Espace Diamant.
Il Mondo perduto de Vittorio de Seta
(154-1959)
India, Matri Bhumi de Roberto Rossellini
(1958)
Sopralluoghi in Palestina de Pier Paolo Pasolini
(1964)
Block-notes di un regista de Federico Fellini
(1968)
Essere donne de Cecilia Mangini (1965)
L’Aggettivo donna de Collettivo feminista di cinema di Roma (1971)
Il pianeta azzurro de Franco Piavoli (1982)
D'amore si vive de Silvano Agosti (1984)
La Cosa de Nanni Moretti (1990)
Boatman de Gianfranco Rosi (1993)
Un'ora sola ti vorrei de Alina Marazzi (2002)
Pays barbare de Yervant Gianikian & Angela Ricci Lucchi
(2013)
Tomba del tuffatore de Federico Francioni & Yang Heng
(2015)
Triokala de Leandro Picarella (2015)
Block-notes di un regista
Federico Fellini (60’, 1968, Ital., vostf)
Essai-documentaire et film autobiographique, vrai journal intime où l'auteur nous confie des pensées, des souvenirs de scènes coupées, des projets inachevés, des envies de films à faire, des rencontres avec des amis : l'ensemble est dominé par la possibilité de voir surgir la Rome antique, cruelle et sanglante sous le vernis de l'élégance romaine actuelle. À l'instar de ses films de fiction, Fellini nous plonge dans un univers qui oscille constamment entre rêve et réalité.
Mercredi 18 octobre à 18h00 Espace Diamant.
La Cosa
De Nanni Moretti (1990, 59’, Ital. Vostf)
1990 : Le Parti Communiste Italien subit la fin progressive des régimes communistes à l’est de l’Europe. Nanni Moretti filme ce tournant historique dans l’histoire politique italienne, en donnant la parole aux militants de base dans différentes sections de toute l'Italie : ils s'interrogent et discutent de la « chose » et ils expriment leurs craintes quant au futur de leur parti.
Jeudi 19 octobre 16h00 Espace Diamant.
India, Matri Bhumi
Roberto Rossellini (1958, 95’, Ital., vostf)
Quatre histoires dressent un panorama de la vie des habitants de l’Inde : les amours et le mariage d’un conducteur d’éléphant ; un ouvrier travaillant à l’édification d’un barrage ; un couple de vieillards absorbé dans la contemplation du présent ; un singe se réfugiant en ville après la mort de son maître… “India, film extraordinaire de simplicité et d'intelligence (...) constitue, hors du temps et hors de l'espace, un poème libre qui ne peut être comparé qu'à cette méditation sur la joie parfaite que sont les Fioretti de Saint François d'Assise” - François Truffaut.
Mercredi 18 octobre à 13h30 Espace Diamant.
Pays barbare
Yervant Gianikian, Angela Ricci Lucchi (2013, 65’, ital/Fr, vostf)
Le film analyse la montée et la chute du fascisme et du colonialisme italien en Afrique des années 1920 aux années 1930. Depuis plus de quarante ans, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi réalisent leurs films à partir d'images d’archives du XXe siècle. Re-filmées, colorisées, ralenties, recadrées et accompagnées d’une musique ou par le chant de Giovanna Marini, ces images interrogent l’histoire et sa représentation, et déconstruisent le discours du pouvoir et l'imaginaire de l'Âge des extrêmes.
Vendredi 20 octobre à 16h00 Espace Diamant.
Sopralluoghi in Palestina per il Vangelo secondo Matteo
Pier Paolo Pasolini (1964, 55’, Ital. Vostf)
Parti sur les traces du Christ, Pasolini cherche dans les lieux revisités et leurs habitants la confirmation du fait historique. Il prépare l'écriture de L'Évangile selon Saint-Matthieu. Mais les lieux saints sont devenus trop modernes. Il choisira le Basilicate, une des régions les plus pauvres et les plus arriérées du Mezzogiorno italien, pour tourner l'Évangile. Film à mi-chemin entre le carnet de voyage et la réflexion intérieure : et voilà la vrai caméra-stylo.
Mercredi 18 octobre à 18h00 Espace Diamant.
Triokala
Leandro Picarella (2015, 75’, Ital, vostf)
Dans un coin perdu du monde, à l'extrême Sud de la Sicile, se dressait la ville de Triokala (« les trois belles choses »). C'est ainsi que l'appellèrent les Grecs, en hommage aux trois dons de la Mère Nature : la fertilité de ses campagnes, l'abondance et la douceur des eaux, l'ancien bastion au sommet de la montagne qui protégeait les habitants de tous les maux. Des siècles ont passé et les souvenirs de ce savoir empreint de magie, de religion et de superstition semblent avoir disparu dans le brouillard du temps. Ce n'est qu'une crainte infondée, car des traces, il y en a partout.
Vendredi 20 octobre à 18h00 Espace Diamant.
LE 18ème CORSICA.DOC: UNE EDITION MAJEURE
Le cinéma est un art jeune, et c’est un regard neuf qu’il porte sur les animaux. Non pas celui qui fut celui de la peinture, empreint de religion, de mysticisme ou de mythologie. Non, c’est un regard profondément troublé que porte les cinéastes sur les « non-humains », prolongeant en cela les interrogations des jeunes philosophes d’aujourd’hui. C’est, modestement, que nous esquisserons cette histoire d’un rapport Homme/Animal par les films choisis ici, en écho aux tableaux du Palais Fesch d’Ajaccio.
Les films de la compétition, eux, ne témoigneront pas moins des graves questions qui traversent notre temps. La guerre, la famille, la vieillesse… les jeunes cinéastes font feu de tout bois pour réaliser de puissants gestes cinématographiques.
Une arche de Noé cinématographique
par Federico Rossin
« Si aujourd’hui nous n’observons plus les animaux, eux n’ont pas cessé de le faire. Ils nous regardent car nous avons, depuis la nuit des temps, vécu en leur compagnie. Ils ont nourri nos rêves, habité nos légendes et donné un sens à nos origines. Ils portent à la fois notre différence et la trace de ce que nous croyons avoir perdu. »
John Berger, Pourquoi regarder les animaux ?
Cette programmation est une traversée à la fois ludique, pensive et visionnaire autour de l'univers des animaux, elle interroge et réactive la relation entre l’homme et l’animal, le lien qui au fil de l’histoire se voit transformé par les nouveaux rapports de production du XX e siècle, réduisant l’animal à l’état de bête avant d’en faire un simple produit de consommation. Mais une nouvelle conscience de la relation entre nous et les animaux commence à émerger depuis quelques années. Et comme toujours le cinéma est un merveilleux miroir pour comprendre notre société par le prisme de son imaginaire et de son esthétique.
Le parcours des séances est une surprenante Arche de Noé cinématographique dans laquelle le public ajaccien pourra faire à la fois une expérience de découverte et de partage. Si Werner Herzog interroge radicalement notre anthropomorphisme dans son Grizzly Man (2005), Frederick Wiseman avec son Zoo (1993) nous plonge dans un microcosme animal reconstruit artificiellement, en miroir ironique et impitoyable de notre société. Barbet Schroeder, dans son Koko, le gorille qui parle (1978), dresse un portrait drôle et terrible de notre fantasme d'omnipotence scientifique et éthique sur le monde animal. Roberto Rossellini a réalisé India (1959) de manière expérimentale : le résultat est une éblouissante tentative de décrire la relation durable et fructueuse entre les hommes et les animaux (éléphants, tigres, singes), à travers une structure à épisodes imprégnée d'une profonde empathie: un film qui nous réconcilie avec la Terre Mère (Matri Bhumi) et nous met au même niveau que tous les êtres vivants.
La distance qui nous sépare des animaux
par Olivia Cooper-Hadjian
Les cinéastes ici cités prennent le parti d’adopter vis-à-vis de l’humain une distance à la mesure de celle qui nous sépare des autres animaux. Les bêtes y conservent tout leur mystère, et nous regagnons une partie du nôtre. Car n’est-il pas étrange d’envoyer des chiens dans l’espace ou d’imbriquer de minuscules insectes dans de grandes machines de pointe pour tenter de percer le secret de leur cognition, et peut-être de leur conscience ?
Si l’exploitation n’est pas absente de ces démarches, ces cinéastes la déjouent par leur geste et rétablissent un lien avec l’animal en se mettant physiquement à sa place : Elsa Kremser et Levin Peter suivent le parcours d’une meute de chiens errants, adoptant leur cadence, dans Space Dogs ; Maud Faivre et Marceau Boré montrent la solitude des insectes scrutés dans Modèle animal. Certains rapports sont plus ambigus, comme le montre Homing, où le dérèglement de l’environnement éveille un effort de réparation par des actes de soin.
Le respect qu’imposent les bêtes se mâtine d’envie, jusqu’à l’absurde : on s’imagine échapper à notre propre condition, en tentant d’imiter leurs talents musicaux dans Langue des oiseaux d’Érik Bullot, ou en s’identifiant à leur pouvoir de séduction dans Los que desean d’Elena López Riera.